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Origines du Morts Subites MC Toulon
par Gilbert membre fondateur

Gilbert fondateur du MC Morts Subites A la fin des années 70 (de 1978 et après), tous les motards de Toulon se donnaient rendez-vous le soir place de la Darse, en face de l'arsenal. Il pouvait y avoir de 20 à 50 bécanes par soir. On y dégustait des casse-croûtes (ancêtres des paninis !) fait par 3 ou 4 guérites, puis on écumait le bar de la Darse (celui qui faisait l'angle face au port). C'était tous les soirs une ambiance de fou ! Nous partions aussi de la place de la Darse pour faire des virées sur Sanary, Hyères etc. Avec des bourres assez mémorables! C'était l'époque des 350 Yamaha RDLC, des Kawa H2, et autres motos toutes… débridées. Pour ma part une MZ et une GSXS 400cc.

Le jeudi était particulier, car nous décidions alors des « runs » du week-end. Nous pouvions ainsi partir sur une concentre en Suisse (les Helvètes), ou en Allemagne, ou bien n’importe où en France sur un week-end! On pouvait rouler comme des fous toute une nuit avec comme seuls bagages, quelques outils et un sac de couchage. On avait tous entre 16 et 20 piges à cette époque…

C’est à cette période que j’ai fait la connaissance de Sylvain Guignolet, dit Béru, qui roulait en 1100 Yamaha XS noire. Avec lui ce fut de suite à la vie à la mort ! Nous vivions dans le vieux Chicago au milieu des putes et des bars, et c’était là notre univers. Plus tard pour moi ça a été le Mourillon.

Bref, on trainait pas mal nos vieux blousons ensemble, et pas mal de gars et de filles du coin ont commencé à trainer avec nous pour rouler et déconner.

Début 79, Béru se trouva une petite dont il tomba raide dingue. Moi, c’était une anglaise, Julie, que j'avais rencontrée à l'hôpital de Hyères m'étant crashé dans un virage à Carqueiranne en bécane lors d'une course avec les potes… La copine avait une sœur, dont le mec Didier, avait une Suzuki 850 GS bleue. Notre groupe de trois s'imposa de plus en plus à la Darse. On mit sur nos blousons une jaquette en jeans avec derrière un dessin du style Moto Journal. On était pratiquement les premiers à faire cela sur Toulon.

Un soir, Patricia, une fille qui nous fréquentait, nous a dit qu'elle connaissait un bar aux Routes (un quartier de Toulon), le bar Bel Air, dont la patronne Mado était super sympa et adorait les jeunes. On y monta et ce fut le lieu de rendez-vous des jeudis ou vendredis soir.

Un jour où on bullait au bar, Mado me dit que la soirée allait être sympa car il y avait un représentant de la marque de bière « MORTS SUBITES » qui allait venir. Ce dernier laissa pour nous une ou deux caisses de ces bières au bar et surtout, un badge porte-clefs en forme de tonneau avec le nom du bar.

Nous sommes très peu à avoir eu cette médaille. Pour ma part j'ai donné ce badge au club qui représente la naissance officielle du club fin 1979.



Suite à ça, on changea de jaquette pour mettre un dessin différent pour chacun dessus avec pour la première fois le nom Morts Subites. On mit MCP, non pas pour la signification d'aujourd’hui, mais pour contrer la FFM (Fédération Française des Motards) qui imposait alors une licence aux clubs pour aller aux concentres moto, aussi bien pour les motards, que pour les clubs organisateur de concentre (on peut d'ailleurs faire un petit parallèle avec l'histoire du milieu biker aux USA…). Hors la licence on s'en tamponnait! D'ailleurs pour bien montrer que cela n'avait pas la même signification que maintenant, nos tee-shirts étaient siglés avec MC MORTS SUBITES. Un exemplaire (le mien) est encadré au club. Comment le club l'a eu par contre… ça reste un mystère!!!!



Bref, nous fûmes 3 fondateurs à créer le club. Moi Gilbert, dit le rat (bougri) car trésorier (j'avais et j'ai toujours la bague en forme de rat du club pour le trésorier offert par Béru à Sanary un soir d’été), Sylvain donc dit Béru, et enfin Didier dit le gros.

De suite, on s'imposa à la place de la Darse. Des gars de la Marine nous on rejoint, mais pas que. Des amis fidèle aussi, comme Papy (qui avait 40 ans…) et qui pour nous était comme un père. C'était le plus vieux de la bande, mais jamais au club.

La première sortie officielle du club fut au Bol d'Or, où nous étions déjà un groupe reconnu sur la région.

Puis on enchaina à un rythme fou les concentres motos, et chaque fois les Morts Subites se firent remarquer. C'est fou le nombre de coupes qu’on a pu ramener au club. On faisait pratiquement deux concentres par mois dont certaine à plus de 1000 km.

A cette époque il y avait deux MC sur le sud, les COTES SUD et les SARMATES. Une fois nous les avons rencontrés à Saint-Mandrier, et l'accueil fut plutôt… froid. Pour eux nous étions juste des minos. J’avais revus les Côtés Sud aux Eléphants à Salzbourg (Autriche), et je me rappelle un des gars qui a dit à un de ses frères : « Oh putain c'est pas vrai regarde les minos, les Morts Subites! C’est pas possible ils sont là! ». Ils nous ont regardé en se marrant, du genre « bon allez c'est bon...». J'ai toujours la photo de ce moment.

Je me souviens aussi qu’à cette époque, Béru qui allait souvent à Paris, me parlait souvent du MC Crimée.

Dans les délires à noter, les Morts Subites participaient à une radio pirate (c’était interdit à l'époque). Ca s’appelait : Radio Martin Bidouré. On y avait rajouté, et on le disait à l'antenne : « Radio Martin Bidouré, la seule radio qu’on peut écouter bourré !»

Nous faisions une émission par semaine, on invitait un motard qui nous racontait un pays qu'il avait fait en moto. Le plus marrant c'est que les potes venaient en caisse, à côté du local de radio planqué pour nous écouter. Nous n’avions que deux disques, une de Téléphone et un de Renaud. Nous faisions croire que des auditeurs nous appelaient pour demander une chanson de Renaud ou Téléphone. Nous n’avions même pas de téléphone dans le local ! On disait à l'antenne : « Sophie vient de nous téléphoner et nous demande la Bombe Humaine de Téléphone ! ». C'était du grand n'importe quoi, on déconnait à donf, mais bon dieu c'était bon ! Et tellement esprit Morts Subites. Un soir en montant à la radio, nous vîmes la police et la police militaire encercler la radio et déménager tout le matos. On ne s’est pas arrêté. Fin de l'aventure radio pour nous.

Plus tard, nous avons enterré notre premier Morts Subites, qui s'était tué tout seul en moto. Tout le club était présent à l'enterrement et nous lui avons fait faire une plaque en marbre avec son nom et le nom du club. Il est enterré à la Garde. Le pire c’est que je me souviens plus son nom…

En 1981, le pays était en pleine guerre de la vignette moto et de la présidentielle. Cela cartonnait grave avec la police car les motards boycottaient la vignette moto instaurée par Giscard. Hors, la FFMC du Var avait demandé à tous les motards de la côte de monter à Marseille, car Giscard y faisait un meeting. Le club et plus de 200 bécanes sont partis de Toulon. Nous étions des milliers sur place. Mais la police était là aussi et se fut une véritable guerre entre les motards et la police. Et en particulier avec les flics voltigeurs en moto par deux, un qui pilotait et l'autre à l'arrière qui nous matraquait à qui mieux mieux avec un gourdin. Ce fut une vraie baston style guerre civile. Nous jetions des pierres sur ces ACAB et même nos U d’antivols. Ils ont coincé Papy et l'ont tabassé copieux. Il était en sang et pour le ramener à Toulon un gars du club l'a pris derrière lui, attaché avec des tendeurs. Un autre gars a pris sa bécane pour lui ramener. Toute la route il a pissé le sang. On avait la rage! Quelques temps après, la vignette moto fut supprimée.

Les Morts Subites avaient aussi une spécialité à l'époque. Griller les péages entre Aix et Toulon. Un jour alors que nous revenions de concentre, nous avons commencé à griller le premier péage. Mais ma bécane avait pris l'eau et ratatinait grave. Je fus largué. Au dernier péage j'ai vu plein de gyrophares et tout le club à côté des voitures de gendarmerie sur le bas-côté. Du coup, je me suis arrêté au péage et j’ai payé mon octroi comme si de rien n’était. Et là ce fut la folie ! Tout le club criait : « C’est le rat ! C'est le rat! Il est avec nous, faut l'arrêter aussi! ». Mais les gendarmes m'ont laissé passer, et j'ai fait un doigt d’honneur à mes potos en me marrant. Quelle rigolade! Après quoi les gendarmes les ont escortés en prenant tous les péages et en les leur faisant payer… jusqu’à Toulon.

Puis un soir, alors que j'étais chez une copine vers Rouen, et que je revenais d'Irlande, j'ai appelé Béru. Je me souviendrais toute ma vie de ce qu'il me dit ce soir-là : « Bon le rat tu fais chier, tu roules peinard, tu nous rejoins demain au Castellet au bol d'OR. Vas pas te gaufrer ! Tu roules comme une gaufre ! ». Le lendemain, il se tuait dans les gorges d'Ollioules en y montant… J’ai été à l'enterrement de Béru. Sa famille était très contente de me voir. Il est enterré en Haute-Savoie à St Jean d 'Aulps. Pendant trois ans environ, le club a fait une hivernale en plein mois de janvier en Haute-Savoie pour lui rendre hommage. On dormait sous les tentes. Les gens du village nous attendaient à chaque fois.

J'avais donc 22 ans et mon frère venait de se tuer. Quelques temps après j'ai rencontré une petite normande. Comme le cœur n’y était plus, un soir j'ai chargé ma bécane, largué mon appart et dit adieu à mes potes. Il y avait Pépé, Corinne, Jaja, Didier... Les autres, je me souviens plus. C’est si loin maintenant.

Et la vie a continué, et celle du club aussi. Et elle continue encore aujourd’hui! Bien sûr les choses ont changé, évolué. Mais tout à une histoire, une origine. Et l’histoire, c’est celle que je viens de vous raconter.

Gilbert fondateur du MC Morts Subites

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